top of page

Sommes-nous émotionnellement attachés à nos angoisses ?

16 mai 2023
6 min de lecture

Dernière mise à jour : 3 sept.

C'est une question qui peut paraître curieuse à première vue. Nous souhaiterions tous être plus sereins, non ?

Et pourtant, ce n'est peut-être pas si simple.

Je l'observe dans ma pratique et j'en fais également l'expérience personnellement : vouloir se libérer du stress, d'une peur ou d'une angoisse ne signifie pas nécessairement que nous soyons prêts à vivre sans eux.

Parfois, ce qui nous fait souffrir remplit aussi une fonction. Une fonction dont nous n'avons pas toujours conscience.

Alors pourquoi peut-il être si difficile de quitter ce dont nous aimerions pourtant nous débarrasser ?


Personnes qui se réconfortent par un calin


Pourquoi pouvons-nous être attachés à nos angoisses ?


Lorsque j'ai écrit pour la première fois cet article, en 2023, je précisais que je n'étais pas psychologue et que ces réflexions étaient avant tout issues de mes observations, de mon expérience personnelle et de ce qui pouvait émerger pendant mes pratiques de sophrologie et de méditation.

Quelques années plus tard, cette précaution me semble toujours importante.

La sophrologie ne me permet pas d'expliquer les mécanismes psychologiques d'une personne ni d'en poser un diagnostic. En revanche, mon métier me donne un espace privilégié d'observation : celui de personnes qui souhaitent profondément changer quelque chose dans leur vie et qui découvrent parfois que ce changement provoque lui-même une résistance.

C'est ce paradoxe qui continue à me passionner.

Laurent E. Levy utilise dans le documentaire La puissance de l'intention l'expression « tenir à son drame ».

L'expression est volontairement provocatrice, mais elle pose une question intéressante : qu'est-ce que nous risquons de perdre lorsque nous abandonnons quelque chose qui nous accompagne depuis longtemps ?

Une peur, une inquiétude ou une façon de réagir peuvent progressivement devenir tellement familières qu'elles participent à la représentation que nous avons de nous-mêmes.

Nous ne faisons alors pas que ressentir de l'angoisse.

Nous pouvons finir par penser : « Je suis quelqu'un d'angoissé. »

Changer ne signifie alors plus seulement ressentir moins d'angoisse. Cela peut aussi venir questionner une partie de notre identité.



Sommes-nous angoissés à l'idée d'une vie sans angoisse ?


Certaines expériences vécues avec mes clients m'ont particulièrement fait réfléchir.

J'ai accompagné une femme extrêmement angoissée à l'idée qu'il puisse arriver quelque chose à ses enfants. Lorsque nous avons évoqué la possibilité de diminuer cette angoisse, sa réaction m'a surprise :

« Mais qu'est-ce que je vais ressentir pour mes enfants si je n'ai plus cette angoisse ? »

Cette phrase m'est restée.

Comme si, pour elle, l'inquiétude était devenue intimement liée à l'amour qu'elle portait à ses enfants.

Une jeune fille que j'accompagnais m'a fait vivre une expérience similaire. Elle était facilement stressée et, lorsque nous avons imaginé qu'elle puisse faire ses devoirs sans ce stress, l'idée l'a inquiétée :

« Mais comment vais-je trouver la motivation si je ne suis plus stressée ? »

Là encore, le stress semblait avoir acquis une fonction : celle de permettre l'action.

Une consœur spécialisée dans l'accompagnement de personnes touchées par le cancer m'avait également parlé de la période parfois déroutante de l'après-maladie. Après des mois durant lesquels toute l'énergie a été mobilisée autour des soins et du combat contre la maladie, la rémission peut nécessiter une nouvelle adaptation. Il ne s'agit évidemment pas de regretter la maladie, mais de reconstruire une vie qui, pendant un temps, s'était organisée autour d'elle.

Enfin, une praticienne en shiatsu m'avait dit spontanément :

« C'est fou comme certaines personnes ont du mal à se détendre. Elles deviennent presque nerveuses à l'idée de l'être. »

Toutes ces expériences posent finalement la même question :

Et si certaines de nos tensions nous rassuraient aussi parce qu'elles nous sont familières ?


« Notre peur la plus profonde n'est pas que nous ne soyons pas à la hauteur. C'est que nous soyons puissants au-delà de toute limite. Ce n'est pas notre part d'ombre qui nous effraie mais notre propre lumière » Marianne Williamson

À quoi nous servent nos inquiétudes ?

C'est probablement ainsi que je poserais aujourd'hui la question.

Plutôt que de me demander pourquoi nous refusons de lâcher nos angoisses, je préfère chercher ce qu'elles accomplissent pour nous.

L'inquiétude peut-elle parfois nous donner l'impression d'aimer davantage ?

Le stress peut-il nous donner le sentiment d'être plus efficace ?

Le contrôle nous permet-il de nous sentir plus responsable ?

L'agitation nous évite-t-elle parfois de nous confronter au silence ?

Et si nous avons toujours fonctionné ainsi, que se passe-t-il lorsque nous commençons à faire autrement ?

Ce sont des questions auxquelles je n'ai pas de réponse universelle. Mais je trouve intéressant de les poser.

Parce que derrière un comportement que nous voudrions supprimer se cache parfois une fonction que nous n'avions jamais identifiée.



Ma propre expérience du "malheur nécessaire"


Cette réflexion ne concerne évidemment pas seulement mes clients.

Je l'ai également rencontrée chez moi.

Il y a plusieurs années, j'ai fait des choix d'investissement qui ont eu des conséquences financières importantes et dont certaines répercussions se sont prolongées longtemps.

Lors d'une pratique de sophrologie au cours de laquelle je visualisais une issue favorable à cette situation, une pensée inattendue est apparue :

« Et si tout se termine bien, est-ce que cela signifie que je peux prendre de mauvaises décisions sans en subir les conséquences ? »

Cette pensée m'a beaucoup surprise.

Comme si une partie de moi estimait nécessaire qu'une erreur soit suivie d'une forme de punition.

Et en allant un peu plus loin, j'ai découvert autre chose.

Je me considère profondément chanceuse. J'aime ma vie et j'en suis reconnaissante. Mais cette difficulté constituait aussi, d'une certaine manière, « mon problème ».

Comme si une vie trop harmonieuse devenait suspecte.

Comme si être pleinement heureuse risquait d'attirer quelque chose qui viendrait rétablir l'équilibre.

Je ne prétends évidemment pas qu'il existe une logique psychologique universelle derrière cette pensée. C'était la mienne.

Mais la reconnaître a changé ma manière de la vivre.



Le bonheur doit-il être sérieux ?


Cette réflexion m'amène à une question plus large : nous autorisons-nous réellement à aller bien ?

Notre culture valorise beaucoup l'effort, la vigilance, la responsabilité et le contrôle.

À l'inverse, nous associons parfois la légèreté à l'insouciance.

On parle d'un « imbécile heureux ». On soupçonne parfois celui qui semble toujours serein de ne pas comprendre la gravité des choses.

Comme si être adulte et responsable impliquait nécessairement de porter une certaine dose de tension.

Je me demande alors si certaines personnes ne doivent pas apprendre, progressivement, que :

être serein ne signifie pas être passif

lâcher prise ne signifie pas renoncer

être heureux ne signifie pas être inconscient.



La sérénité peut aussi nous permettre d'agir


C'est probablement l'une des choses que ma pratique personnelle et professionnelle m'a le plus appris depuis que j'exerce ce métier.

Je pensais autrefois que le stress me permettait d'avancer.

Je découvre au contraire que, lorsqu'il devient excessif, il réduit souvent ma capacité à réfléchir, à choisir et à agir.

La sérénité ne m'empêche pas d'avoir des ambitions. Elle me permet souvent de les poursuivre avec davantage de discernement.

Lorsque je suis plus présente à ce que je ressens, je remarque plus rapidement mes réactions automatiques. Je peux parfois choisir de ne pas entrer dans un conflit. Je peux prendre du recul. Je peux sortir de ma zone de confort avec moins de peur.

La sérénité que je recherche n'est donc pas contemplative.

C'est une sérénité qui rend disponible à l'action.



Et la sophrologie dans tout cela ?


Je ne considère pas la sophrologie comme une méthode destinée à supprimer toutes nos émotions inconfortables.

La peur, le stress ou l'inquiétude ont une fonction et peuvent être parfaitement adaptés à certaines situations.

Le travail consiste plutôt à développer suffisamment de conscience de soi pour commencer à reconnaître :

Qu'est-ce que je ressens ?Comment mon corps réagit-il ?De quoi ai-je réellement besoin ?Et est-ce que ma réaction actuelle m'aide encore ?

La répétition des pratiques permet progressivement de mieux reconnaître ses propres fonctionnements et d'expérimenter d'autres manières de réagir.

C'est aussi pour cette raison que mes accompagnements sont personnalisés : l'objectif n'est pas d'appliquer une solution identique à tout le monde, mais d'aider chacun à identifier et mobiliser ses propres ressources.

Et peut-être qu'avant de chercher à nous débarrasser d'une peur, d'une tension ou d'une habitude, nous pouvons commencer par lui poser une question :

« À quoi me sers-tu encore aujourd'hui ? »

La réponse peut parfois nous surprendre.


Les accompagnements en sophrologie sont tous uniques car ils s'adaptent à chaque personne en répondant à ses besoins spécifiques et en activant ses propres ressources.


N'hésitez pas à me contacter pour plus d'informations ou prendre rendez-vous.

stefanie.sofro@gmail.com

+33665539039


Si vous aimez, likez, commentez et partagez !

 
 
 

2 commentaires


Nathalie Moynet
Nathalie Moynet
20 nov. 2023

Stéphanie, votre très bel article m'a inspirée.

Un passage m'a particulièrement interpellée, lorsque vous évoquez votre investissement infructueux, comme étant une expérience du malheur...nécessaire (l'est-elle !??) et votre "superstition que la perfection attire le malheur".

Cela me ramène à une période de ma vie où les portes s'ouvraient avec une telle facilité que je me demandais ce qui allait bien pouvoir m'arriver en contre-partie. Je prends ainsi conscience que je partage et m'inflige également cette croyance limitante. Est-elle le fruit de notre éducation ? de notre culture ? nos angoisses ? Surement tout cela.

Merci de nous proposer ce bel outil de mieux-être qu'est la Sophrologie, car après tout, nous avons droit à l'abondance dans TOUS les domaines de notre…

J'aime
Stephanie Testa
Stephanie Testa
18 déc. 2023
En réponse à

Merci beaucoup Nathalie pour cette reflexion. Il me semble effectivement que nous nous refusons l'abondance. Et c'est bien notre problème, nous voulons sans vraiment vouloir. Notre tête dit "je veux" et notre corps dit "non car tu ne mérites pas, non car c'est mal de vouloir" ou encore bien d'autres restrictions. Aligner corps et esprit est la quête suprême. Lorsque tout est aligné l'esprit ne demande plus, le corps ne refuse plus et l'abondance est là presque malgré nous.

J'aime
bottom of page