Auto-sabotage : Et s'il essayait de vous protéger ?
Pourquoi vouloir changer ne suffit pas toujours à changer

À la deuxième séance de sophrologie, il y a une chose que je dis très souvent à mes clients.
La première semaine, tout va généralement très bien. Ils sont motivés, curieux, heureux de découvrir quelque chose de nouveau. Ils pratiquent les exercices presque tous les jours.
Puis je les préviens :
« Cette semaine, cela risque de devenir un peu plus difficile. Une petite voix pourrait commencer à vous expliquer que vous n'avez pas le temps, que vous êtes trop fatigué, que vous pratiquerez demain ou que, finalement, ce n'est peut-être pas si utile. »
Avec l'expérience, j'ai appris à reconnaître ce moment.
Je ne pense pas que mes clients manquent soudainement de motivation. Et je ne crois pas non plus qu'une mystérieuse partie d'eux-mêmes ait décidé de saboter leur bien-être.
Il se passe quelque chose de beaucoup plus banal, et beaucoup plus intéressant :
ils essaient de changer.
Et vouloir changer et réussir à changer sont deux choses différentes.
Quand la motivation rencontre nos automatismes
Nous imaginons facilement le changement comme une décision.
Je vais commencer à faire du sport.
Je vais moins contrôler.
Je vais mieux écouter mes besoins.
Je vais arrêter de procrastiner.
La décision est importante. Mais elle n'est que le début.
La psychologie connaît bien ce décalage entre intention et comportement : vouloir sincèrement modifier quelque chose ne garantit pas que notre comportement suivra immédiatement.
Nos habitudes, elles, ont parfois été répétées pendant des années. Elles deviennent progressivement plus automatiques. À l'inverse, un nouveau comportement demande du temps et de la répétition avant de devenir familier.
Et contrairement à ce que l'on entend parfois, il n'existe pas de nombre magique de jours au terme duquel une nouvelle habitude serait définitivement installée : les études montrent une grande variabilité selon les personnes et les comportements.
Ce que j'observe souvent dans ma pratique : l'enthousiasme du départ finit par rencontrer la force de nos anciens automatismes.
L'auto-sabotage est-il le mot juste ?
On parle généralement d'auto-sabotage lorsque nous adoptons, souvent de manière automatique, des comportements qui nous éloignent d'un objectif que nous souhaitons pourtant atteindre : procrastiner, abandonner, éviter, contrôler ou revenir à une ancienne habitude.
« Auto-sabotage » donne l'impression qu'une partie de nous chercherait délibérément à nous faire échouer.
Mais si certains de ces comportements avaient parfois une fonction beaucoup plus simple ?
Nous éviter de ressentir quelque chose d'inconfortable.
J'en ai moi-même fait une expérience assez savoureuse.
Il y a quelque temps, j'ai perdu une dizaine de kilos et pris l'habitude de faire du sport quotidiennement. J'avais profondément modifié mon rapport à l'alimentation et à mon corps.
Puis j'ai décidé de créer un webinar intitulé :
« Quand le stress guide ce que nous mangeons »
Je me suis installée devant mon ordinateur.
Page blanche.
Et soudain… j'ai eu envie de manger.
J'ai trouvé la situation assez ironique.
J'étais précisément en train de préparer une conférence sur la manière dont le stress peut influencer notre alimentation et voilà que j'avais envie de me lever pour aller chercher quelque chose dans la cuisine.
Alors je me suis arrêtée.
Est-ce que j'avais faim ?
Non.
J'ai essayé de ne pas lutter immédiatement contre l'envie, mais simplement d'écouter ce qui se passait.
Et j'ai senti quelque chose de très simple :
j'avais peur.
Le sujet me tenait à cœur. Je voulais faire quelque chose de qualité. Et j'étais devant une page blanche.
Manger aurait été une excellente manière de ne pas commencer.
Dans cette situation précise, lorsque j'ai reconnu cette peur, l'envie de manger a disparu.
Et j'ai commencé à écrire.
Et si le problème n'était pas l'inconfort, mais notre besoin de le fuir ?
Cette expérience a renforcé une conviction devenue centrale dans ma pratique.
Lorsque nous rencontrons une sensation désagréable, notre premier réflexe est souvent de vouloir nous en débarrasser.
Nous procrastinons. Nous nous agitons. Nous mangeons. Nous regardons notre téléphone. Nous évitons une conversation. Nous trouvons soudain une autre tâche absolument urgente.
Cela ne signifie pas nécessairement que nous sommes paresseux ou incapables de changer. La recherche sur la procrastination et l'évitement montre notamment le rôle que peuvent jouer la peur de l'échec, certaines formes de perfectionnisme ou les difficultés à réguler certains états émotionnels.
Je trouve alors beaucoup plus intéressant de remplacer :
« Pourquoi est-ce que je fais encore ça ? »
par :
« Qu'est-ce que j'évite peut-être de ressentir en faisant cela ? »
Il ne s'agit pas de chercher derrière chaque envie de chocolat ou chaque procrastination une explication psychologique profonde.
Il s'agit d'apprendre à observer.
Car l'inconfort peut être une information avant d'être un problème à supprimer.
Et parfois, ce que nous protégeons est une partie de notre identité
J'ai accompagné une cliente extrêmement angoissée à l'idée qu'il puisse arriver quelque chose à ses enfants.
Lorsque nous avons évoqué la possibilité qu'elle puisse progressivement se libérer de cette angoisse, elle m'a répondu :
« Mais qu'est-ce que je vais ressentir pour mes enfants si je n'ai plus cette angoisse ? »
Une jeune cliente, très stressée par son travail scolaire, m'avait fait une remarque similaire :
« Mais si je ne suis plus stressée, comment vais-je trouver la motivation pour faire mes devoirs ? »
Dans le premier cas, l'inquiétude semblait s'être liée à l'amour.
Dans le second, le stress à la motivation.
Et c'est là que le changement devient particulièrement intéressant.
Nous ne disons plus seulement :
« Je ressens de l'anxiété. »
Nous finissons parfois par dire :
« Je suis anxieuse. »
Ou :
« Moi, j'ai besoin de pression pour avancer. »
« Je suis quelqu'un qui contrôle. »
« J'ai toujours été comme ça. »
La recherche retrouve effectivement une relation importante entre identité et habitudes. Une méta-analyse récente portant sur plus de 13 000 participants observe une forte association entre les deux dans plusieurs comportements de santé. Cela ne signifie pas que notre identité détermine mécaniquement nos habitudes ; la relation semble plus complexe et probablement réciproque.
Mais cela pose une question passionnante :
Qui suis-je si je ne fonctionne plus comme avant ?
Comprendre est essentiel. Mais parfois, il faut aussi vivre autre chose
C'est ici que je situe de plus en plus clairement l'interet de la sophrologie.
La psychologie peut nous aider à comprendre certains mécanismes.
La sophrologie m'intéresse dans une autre dimension : observer comment ils se manifestent dans notre expérience corporelle et expérimenter d'autres réponses.
Je peux parfaitement savoir que je n'ai aucune raison d'avoir peur…
et sentir pourtant mon ventre se contracter.
Je peux savoir qu'il serait bon pour moi de ralentir…
et devenir nerveuse dès que je m'arrête.
Je peux comprendre que je n'ai pas besoin de tout contrôler…
et sentir immédiatement la tension monter lorsque quelqu'un d'autre prend la décision.
Comprendre et ressentir ne sont pas la même expérience.
Les recherches sur l'interoception, la perception des signaux internes du corps, montrent d'ailleurs des liens importants entre perception corporelle et expérience émotionnelle. La manière précise dont les pratiques corps-esprit peuvent agir sur ces mécanismes reste encore un domaine actif de recherche ; je préfère donc ne pas faire dire à la science davantage qu'elle ne dit.
Dans ma pratique, je pars simplement d'une autre question.
Au lieu de dire au corps :
« Tu n'as aucune raison d'avoir peur. »
essayer :
« Je sens que quelque chose en moi a peur. Qu'est-ce qui se passe ? »
Écouter avant de corriger.
Puis expérimenter un autre possible
Une fois cette réaction reconnue, nous pouvons parfois aller plus loin.
J'utilise pour cela la visualisation.
Nous pouvons revenir vers une expérience passée où une ressource était déjà présente :
J'ai déjà su prendre une décision difficile.
J'ai déjà été courageuse.
J'ai déjà traversé une période d'incertitude.
Puis reconnaître :
Cette capacité existe donc déjà en moi.
Et enfin se projeter dans une situation future en imaginant pouvoir y mobiliser cette ressource.
Non, le cerveau ne « confond » pas simplement l'imaginaire et la réalité, contrairement à une formule que l'on entend souvent.
Ce qui m'intéresse dans ma pratique est plus simple :
Avant de réussir à faire autrement dans la réalité, il peut être utile de commencer à expérimenter intérieurement qu'une autre réponse est possible.
Le changement n'est pas toujours spectaculaire
Ce sont parfois les phrases les plus simples de mes clients qui me montrent que quelque chose s'est intégré.
« Maintenant, quand je sens que je commence à m'agiter, je reviens à ma respiration. »
« Avant cette réunion, j'ai senti mes pieds au sol. »
« J'ai remarqué que j'étais en train de me crisper et je me suis arrêtée. »
Cela peut sembler peu spectaculaire.
Pour moi, c'est immense.
Parce qu'entre ce qui arrive et la réaction automatique est apparu quelque chose :
la conscience.
Et avec elle, parfois quelques secondes supplémentaires pour choisir.
C'est pour cette raison que je ne cherche pas à créer de parfaits pratiquants de sophrologie.
La pratique est un espace d'apprentissage.
Ce qui m'intéresse vraiment est le moment où ce qui a été expérimenté en séance devient disponible dans la vie quotidienne.
Et si aller mieux n'était que la première étape ?
Une cliente que j'accompagne depuis un petit moment m'a récemment permis de comprendre encore quelque chose sur mon propre métier.
Lorsqu'elle était venue me voir, elle était extrêmement stressée.
Aujourd'hui, cela fait déjà longtemps que le stress n'est plus son problème.
Lors de notre dernière séance, elle est arrivée avec une nouvelle envie :
changer certaines habitudes.
Et j'ai réalisé que nous étions entrées dans une autre phase.
Elle n'utilisait plus la sophrologie principalement pour aller mieux.
Elle l'utilisait pour se demander :
« Est-ce que mes habitudes correspondent encore à la personne que je suis devenue ? »
Nous pouvons construire pendant des années des habitudes, des croyances et des manières de réagir parfaitement cohérentes avec la personne que nous étions.
Puis nous évoluons.
Nos automatismes, eux, ne se mettent pas nécessairement à jour au même rythme.
L'écoute de soi peut alors devenir une manière de se demander régulièrement :
Est-ce que cela me sert encore ?
Est-ce encore ainsi que j'ai envie de vivre ?
Est-ce encore moi ?
Alors, faut-il combattre notre auto-sabotage ?

Je ne crois pas au combat.
Écouter une résistance ne signifie pas lui obéir.
Accueillir une peur ne signifie pas renoncer à avancer.
Reconnaître un inconfort ne signifie pas construire sa vie pour ne plus jamais le ressentir.
Cela signifie simplement arrêter quelques instants de se donner des ordres et observer ce qui est réellement en train de se passer.
Alors, la prochaine fois que vous vous surprendrez à procrastiner, éviter, contrôler ou abandonner quelque chose que vous souhaitez pourtant profondément, essayez peut-être de remplacer :
« Pourquoi est-ce que je me sabote encore ? »
par :
« Qu'est-ce que j'essaie d'éviter, de préserver ou de protéger en ce moment ? »

La réponse ne sera pas toujours évidente.
Elle ne fera pas nécessairement disparaître l'inconfort.
Mais elle peut créer quelque chose qui est, pour moi, au cœur du changement :
un peu plus de conscience, et donc un peu plus de liberté pour choisir ce que nous voulons faire ensuite.
Pour aller plus loin
Si cette réflexion sur nos automatismes, le stress et l'écoute du corps vous intéresse, vous pouvez également retrouver l'enregistrement de mon webinar « Quand le stress guide ce que nous mangeons » sur YouTube.
Et si vous souhaitez expérimenter cette approche personnellement, Prenez un premier rendez-vous offert.





Commentaires